Le Didam
6 quai de Lesseps
64100 Bayonne
Avec Ongi Etorri, 367 portraits individuels composent le portrait collectif du quartier Saint-Esprit. Imprimés en noir et blanc dans le cadre d’Inside Out Project, créé par l’artiste JR, ils recouvrent les façades visibles du Didam, ouvertes sur le fleuve Adour. De loin, l’installation forme une foule. De près, elle redevient une succession de visages et d’expressions singulières.
La plupart des personnes photographiées habitent le quartier, mais d’autres visages rencontrés sur place se mêlent à eux. Cette diversité correspond à l’histoire de Saint-Esprit, quartier de passages, d’accueils successifs et de métissages.
Le titre lui-même raconte quelque chose du lieu : Ongi Etorri – Bienvenue – Planvienguts. Trois façons de dire « bienvenue », en basque, en français et en gascon, trois langues qui témoignent à leur manière des circulations et des cultures qui ont façonné le quartier.
Le projet intervient aussi à un moment où Saint-Esprit se transforme rapidement : le quartier gagne en attractivité, des commerces apparaissent, les habitations sont rénovées, tandis que dans le même temps, l’accès au logement devient plus difficile. Ongi Etorri ne prétend pas expliquer ces mutations, il enregistre un état du quartier, à travers celles et ceux qui le font vivre à cet instant.
Pendant quelques semaines, les murs du Didam sont ainsi devenus une immense galerie de voisinage, visible par tous.
Merci aux volontaires qui se sont mobilisés tout au long de ce projet et sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour.
Caro Worboys et Claude Billès vivent et travaillent à Bayonne. Leurs pratiques respectives croisent différents mediums tels que la photographie, la sérigraphie, le collage et les expérimentations digitales. Depuis plusieurs années, ils utilisent notamment le portrait comme un moyen d’aller à la rencontre des habitants.
Pour Ongi Etorri, ils acceptent de se glisser dans le protocole très codifié d’Inside Out : des portraits frontaux en noir et blanc, une trame signature, un cadrage serré et une impression à grande échelle destinée à l’espace public. Ce protocole volontairement simple déplace l’attention vers les personnes photographiées.
Pendant les séances de photoshooting, Caro et Claude ne cherchent pourtant pas à produire des portraits identiques. Ils discutent, proposent différentes attitudes, multiplient les prises de vue avant de sélectionner et de préparer les images. Derrière l’unité visuelle de l’installation, chaque visage conserve ainsi quelque chose de la rencontre avec les artistes.
Le projet prolonge aussi un travail qu’ils mènent depuis plusieurs années autour des habitants de Bayonne. Ici, le changement d’échelle est considérable : les portraits quittent l’espace intime de la photographie pour investir un bâtiment et devenir une image du quartier.
Trois séances photo sont organisées pendant l’été 2024. Très vite, l’objectif initial du nombre de portraits à réaliser est dépassé. L’ambiance est conviviale : on vient seul, entre voisins ou en famille ; Caro et Claude photographient tous les deux, chacun son boitier et chacun son feeling pour capturer les différentes personnalités qui se présentent devant eux…
À proximité du Didam se trouve aussi Pausa, un centre d’accueil d’urgence pour les personnes migrantes en transit après le passage de la frontière franco-espagnole. Certaines acceptent de participer au projet artistique. Mais une difficulté très concrète apparaît : Inside Out demande de valider une autorisation par un formulaire numérique et une adresse électronique. Pour des personnes en déplacement, parfois sans accès immédiat à leur messagerie, cette formalité devient impossible à accomplir. Un détail administratif qui rappelle brutalement la diversité des parcours de vie.
Une fois les portraits collés sur les façades du Didam, c’est le temps de l’activation de l’installation artistique : les habitants s’arrêtent, reconnaissent un voisin, cherchent leur propre visage pour un nouveau selfie devant l’installation.
Ongi Etorri devient alors un instantané du quartier. Certains visages appartiennent à ceux qui y vivent depuis longtemps, d’autres à ceux qui ne font que le traverser. Tous témoignent, à leur manière, de ce qu’était Saint-Esprit à l’été 2024.