MURALESLIAN À CIBOURE / US

19 avenue Jean Jaurès
64500 Ciboure 

Une boîte de conserve occupe presque tout le mur. Son couvercle est entrouvert et, à l’intérieur, deux images se superposent. En haut, une photographie ancienne montre une scène de village : autour de grandes tablées, habitants et familles se retrouvent pour partager un repas. En bas, la mer rejoint le sable.

La boîte n’est pas un simple contenant. Elle rappelle les conserveries qui ont longtemps fait travailler de nombreux habitants de Ciboure et dont certaines traces subsistent encore dans la mémoire locale. Elle introduit aussi, presque littéralement, l’idée de conserver : conserver des aliments, mais aussi des souvenirs, des récits, une histoire commune.

Dans le sable, un détail donne une autre direction à l’œuvre : deux empreintes de pas sont tournées vers l’arrière. Pour l’artiste, regarder vers le passé ne signifie pas s’y enfermer. C’est une manière de comprendre ce qui nous a construits pour mieux regarder ce qui vient.

À Ciboure, cette mémoire est aussi celle de l’eau. Le quartier a connu plusieurs inondations et reste vulnérable. La mer apparaît alors dans toute son ambivalence : elle a nourri et façonné le territoire, mais elle rappelle aussi régulièrement sa fragilité.

Murales Lian est une artiste muraliste née aux États-Unis et installée aujourd’hui à Bilbao. Elle développe une peinture figurative profondément liée aux lieux dans lesquels elle intervient. Ses fresques se construisent à partir de rencontres, de récits collectifs et de mémoires parfois peu visibles dans les représentations officielles. 

Son travail accorde une place importante aux gestes ordinaires, au travail, aux savoir-faire et aux liens qui unissent une communauté. Plutôt que d’arriver avec une image déjà composée, elle enquête, écoute et cherche ce qui raconte réellement un territoire.

En 2022, sa fresque The Hands of Many, réalisée dans le port d’Ondarroa, lui apporte une importante reconnaissance. Elle y représente les mains de femmes réparant des filets de pêche, en hommage aux ramendeuses qui ont longtemps contribué à la vie économique du port. Cette œuvre est devenue emblématique de son parcours sans pour autant résumer sa pratique. 

Ce qui relie ses différents projets est davantage une méthode : faire émerger une image à partir de ce qui est déjà là. À Ciboure, cette capacité d’écoute prend tout son sens. Lian ne vient pas illustrer une histoire préparée à l’avance ; elle laisse les rencontres, les archives et le lieu déplacer progressivement son projet.

À son arrivée à Ciboure, Murales Lian ne dispose pas encore de l’image définitive. Le point de départ proposé est une photographie en noir et blanc de la rue Aristide-Bourrousse, qui jouxte le site sur lequel elle intervient, entièrement inondée en 1958. Le quartier de l’Encan constitue toujours un point bas particulièrement exposé aux crues de la Nivelle ou de l’Untxin, et la mémoire de ces épisodes reste présente chez les habitants.

La résidence permet cependant au sujet de s’élargir. Après la visite de sites incontournables et l’organisation de temps de rencontre avec des Cibouriens, apparaissent peu à peu d’autres récits : les conserveries, la pêche, les grandes tablées organisées dans la rue, une vie de quartier dont certaines images circulent encore dans les familles. Une photographie ancienne de l’un de ces repas retient finalement l’attention de l’artiste. Elle deviendra le cœur de la composition.

Pendant le chantier, cette mémoire revient au présent. Chaque jour, des voisins s’arrêtent pour suivre l’avancée de la fresque et échanger avec l’artiste. Certains reconnaissent les histoires évoquées, d’autres apportent leurs propres souvenirs. Non loin du mur subsiste d’ailleurs une trace discrète de ce passé : une pompe de relevage appelée « Saupiquet », dont le nom rappelle la dernière conserverie fermée en 1997. Elle est toujours utilisée lors des crues.

Le chantier devient alors lui-même un temps de transmission : l’image se construit sur le mur pendant que les récits circulent à nouveau entre les habitants et l’artiste.

Merci à la ville de Ciboure pour l’accueil de l’artiste et son accompagnement tout au long de la résidence artistique.