8 avenue Capitaine Resplandy
64100 Bayonne
Ce projet se déploie sur deux faces, deux pans de murs reliés par un même fil conducteur : une mosaïque en trompe-l’œil. Refreshink peint une à une de fausses tesselles en reprenant les couleurs et certains motifs des mosaïques de Giandomenico Facchina, redécouvertes lors de la rénovation du musée Bonnat-Helleu après avoir été masquées pendant plusieurs décennies. Il ne cherche pas à les reproduire : elles deviennent la trame commune sur laquelle viennent s’écrire deux histoires.
Sur une première face, SCRIPTUM — « l’écrit » en latin — renvoie à l’Antiquité, lorsque Bayonne s’appelait Lapurdum, premier camp romain installé à la confluence de la Nive et de l’Adour. Plus bas, HISTORIA — « histoire » en basque — surgit dans une écriture issue du graffiti contemporain. Les époques se superposent comme les couches successives d’un palimpseste.
La seconde face raconte l’histoire de La Nautique. Les avirons croisés, empruntés à la charte graphique du club, se mêlent aux motifs géométriques et aux fausses tesselles. Ils évoquent la pratique de l’aviron et la relation ancienne du club avec l’Adour.
Deux murs, deux récits : celui d’une ville et celui d’un club. Une même manière de montrer comment les traces du passé peuvent être retrouvées, transmises puis réécrites au présent.
Giovanni Magnoli, alias Refreshink, est né en 1971 à Arona, sur les rives du lac Majeur, en Italie. Formé au graphisme publicitaire à Novare, il rejoint au début des années 1990 la culture graffiti et le writing. Son travail évolue progressivement au-delà du lettrage, en associant spray, peinture et compositions graphiques plus construites.
Son univers s’est longtemps nourri de figures animales, de couleurs intenses et d’un goût pour le contraste entre geste libre et précision formelle. En 2022, il développe le projet Iconosaik, un langage pictural qui donne l’illusion de mosaïques composées de milliers de tesselles.
Ce vocabulaire emprunté à l’Antiquité lui permet surtout de provoquer des rencontres inattendues. Refreshink y introduit des références à la culture populaire, au graffiti ou à l’histoire des lieux dans lesquels il intervient. Les images contemporaines semblent alors surgir d’un vestige ancien.
C’est précisément ce jeu avec les anachronismes qui rend son travail pertinent dans des contextes patrimoniaux. Il ne cherche pas à reconstituer le passé : il utilise ses formes pour fabriquer des images nouvelles et mettre différentes époques en dialogue.
Le projet est arrivé avec beaucoup de matière : les mosaïques redécouvertes au musée, l’histoire du Petit Bayonne, les 150 ans du club de La Nautique et son bâtiment Art déco, alors que l’on célébrait justement les 100 ans de l’Art déco en France… Il fallait éviter l’accumulation et faire émerger une composition claire.
Si la première face s’est dessinée assez vite autour de l’identité du club, l’autre a demandé davantage d’échanges avec Giovanni. Travaillant depuis l’Italie, il recevait à distance de nombreux documents transmis par le musée, le club et la Ville. Il fallait les trier, les hiérarchiser, puis trouver une forme qui lui ressemble. L’idée de la superposition des époques s’est progressivement imposée comme le bon fil conducteur.
Et puis il y a le temps du festival, rythmé par ses aléas : Giovanni est bien arrivé à l’aéroport de Biarritz comme prévu, mais sa valise ne l’a pas suivi ! Pendant trois jours, il a fallu improviser vêtements et matériel, parce que le temps du festival, lui, n’attend pas…